Ce moment où je dois dire « pas encore »
Il y a quelque chose que je vois revenir souvent dans mon travail, et j’avais envie de le poser ici, simplement.
Une personne arrive en séance, en atelier, en formation. Elle est sincère, elle veut vraiment aller mieux. Elle a fait cette démarche qui n’est jamais facile : demander de l’aide.
Et pourtant, parfois, sans même s’en rendre compte, elle va essayer de m’indiquer elle-même ce qu’on a le droit de regarder ensemble, et ce qu’on n’a pas le droit de regarder. Jusqu’où on peut aller. Ce qui est « déjà réglé ». Elle me dira parfois qu’elle a déjà travaillé sur telle chose, que ce n’est pas la peine d’y retourner, que ce n’est certainement pas de ce côté-là qu’il faut chercher.
Je comprends ça. Et je trouve ça touchant, en réalité, quand on regarde d’où ça vient.
Parce que derrière cette façon de garder la main sur tout, il n’y a jamais de mauvaise foi. Il y a une part blessée, quelque part, qui a appris très tôt que le monde n’était pas fiable, et qui a décidé, pour se protéger, de garder le contrôle sur absolument tout. Y compris sur ce qu’on a le droit de voir chez elle.
Comment l’accompagner au mieux ?
Alors mon travail, ce n’est pas de suivre la direction qu’elle me donne.
Mon travail, c’est d’abord de l’aider à voir que cette part-là existe. Doucement. Sans forcer. Lui montrer qu’il y a peut-être quelque chose qu’elle ne perçoit plus, justement parce qu’elle est trop proche, ou parce que cette part s’est construite depuis toujours pour rester invisible à ses propres yeux.
Et tant que cette prise de conscience-là n’est pas là, je ne peux pas aller plus loin avec elle.
Ce n’est pas un jugement sur sa volonté. C’est simplement que je ne peux pas accompagner quelqu’un qui pense déjà connaître le chemin, alors que mon rôle est justement de lui montrer qu’un autre chemin existe peut-être, un chemin qu’elle n’a pas encore vu.
Je veux bien l’accompagner. Vraiment. Mais il faut d’abord qu’elle accepte l’idée que je peux lui apporter autre chose. Même si elle a déjà beaucoup travaillé sur elle. Même si elle a l’impression d’avoir fait le tour. Même si son instinct lui souffle que « ce n’est pas par là ».
Parce que c’est souvent cet instinct-là, cette certitude bien installée, qui protège la blessure au lieu de la soigner.
Dire « pas encore », c’est inconfortable. Pour elle, et pour moi aussi, d’ailleurs.
Mais c’est souvent là, exactement là, que le vrai travail commence.
Avec coeur et transparence,
Fanny 🩷🙏

